Le divin
2) L'athéisme.

Il ne suffit pas de constater la négation de Dieu, il faut se demander ce qu'elle signifie.

2-1 Une lumière éblouissante.

« Athéisme, marque de force d'esprit remarque Pascal, mais jusqu'à un certain degré seulement. » Il faut en effet de la force d'esprit pour se passer de Dieu car le monde devient alors inintelligible et l'existence humaine intrinsèquement absurde, cependant que les valeurs perdent toute garantie d'authenticité.
Mais il en faut encore davantage pour supporter cette idée extraordinaire qui éblouit l'esprit. Considérée attentivement, l'idée de Dieu a un éclat insoutenable, une sorte de violence sacrée qui frappe notre coeur et confond notre intelligence : comment n'en serions-nous pas éblouis et bouleversés? Elle nous donne comme un air trop riche à respirer, tant que nous ne nous sommes pas rendus dignes d'en vivre et d'y vivre.
La première signification de l'athéisme est de n'être pas, aux yeux du spiritualiste, à la hauteur de la vocation humaine.

2-2 Une question de méthode.

A chercher Dieu, encore faut-il savoir comment s'y prendre : la section précédente y répond ainsi que de nombreux autres passages.
Remarquons seulement ici qu'on ne saurait penser Dieu en procédant avec lui comme s'il s'agissait d'un objet du monde sensible, par exemple, ou d'une essence purement abstraite. Il y a des conditions requises pour la connaissance de Dieu au regard des dispositions intellectuelles comme à celui des dispositions morales.
Mis à part l'illumination de la grâce et l'état d'âme proprement religieux, il est certain que la découverte de Dieu n'est pas possible pour ceux qui exigent des preuves d'ordre scientifique et se rapportent exclusivement aux données de l'intuition sensible. La recherche de Dieu implique la conversion à l'intériorité et à la spiritualité.
En prenant généralement d'autres voies, l'athéisme s'expose à une erreur de méthode quant à la recherche de Dieu.

2-3 Un refus purificateur.

Nier Dieu ce n'est pas tellement rejeter son existence que refuser les représentations ou conceptions imparfaites que l'esprit humain en propose dans son infirmité. Lagneau dit justement : « Affirmer que Dieu n'existe pas est le propre d'un esprit qui identifie l'idée de Dieu avec les idées qu'on s'en fait généralement et qui lui paraissent contraires aux exigences soit de la science, soit de la conscience. »
Ainsi l'athéisme témoigne, à son insu, pour une idée plus noble et plus haute de Dieu; tout comme le scepticisme dans sa négation de la vérité, il enveloppe une déception et une nostalgie : déception devant l'image de Dieu offerte par les hommes, nostalgie du véritable visage que devrait avoir la divinité pour s'imposer à la raison et au coeur. L'athéisme est l'expression d'un impérieux désir de Dieu insatisfait et refoulé, d'un appétit d'absolu resté inassouvi.
R. Jolivet nous dit : « Il est vrai que l'athée souvent ne refuse qu'une conception indéfendable de la divinité et que sa négation d'une notion idolâtrique le Dieu est au fond une affirmation authentique du vrai Dieu. »
Or voici que, par une heureuse inconséquence, l'athéisme nous aide à mieux nous représenter Dieu : en dénonçant les images imparfaites que nous nous faisons le Dieu, il exerce à son insu une fonction purificatrice dont l'importance n'est pas négligeable dans l'histoire des idées et il conduit à déterminer ce que Dieu n'est pas et ne saurait être.

2-4 Un retour à l'idolâtrie.

L'athéisme permet indirectement de se 'aire une meilleure conception de Dieu, mais — au prix d'une nouvelle contradiction — après avoir rejeté les idoles, il est lui-même victime d'une authentique idolâtrie. En effet, l'athée ne peut manquer de substituer à Dieu un objet ou une valeur quelconque qu'il élève malgré lui à l'absolu par une sorte de sacralisation. Cet objet ce peut être la nature, le devenir, l'histoire ou encore, du côté de l'esprit, l'art ou la science. De toute façon l'athéisme fabrique de faux dieux et entraîne la déification de tout ce qui n'est pas Dieu.
Bien plus, on peut dire avec J. Maritain que le paradoxe du croyant est d'être un athée radical à l'égard de tous les faux dieux, de toutes les idoles et précisément parce qu'il n'adore que Dieu et rejette toutes les contrefaçons du vrai Dieu.

2-5 Un aveu axiologique.

L'athéisme n'implique pas la négation des valeurs et il s'expose de ce fait à une nouvelle contradiction car on peut prétendre que les valeurs ne sont que des noms que noue donnons à Dieu sans le savoir : vérité, justice, amour, beauté sont des visages de l'Absolu ou des rayons réfléchis de la gloire de Dieu. Affirmer les valeurs c'est affirmer Dieu. Mais l'on ne peut pas ne pas reconnaître les valeurs : tout athée conséquent est donc un croyant qui s'ignore. Cela suppose démontrées l'objectivité et la transcendance des valeurs mais les valeurs ne sauraient être elles-mêmes sans de telles caractéristiques.
L'aveu axiologique est la reconnaissance indirecte et implicite de Dieu à travers les valeurs où filtre sa beauté. Il ne saurait y avoir de valeurs fondées si la matière existait seule, si l'amour, la grâce et la vérité ne résidaient au fond de l'être.
Toujours dans le respect des valeurs associé à l'athéisme, on peut voir une réaction contre l'incroyance des croyants, nous voulons dire contre l'attitude de ceux que Maritain appelle des athées pratiques et « qui croient qu'ils croient en Dieu mais qui en réalité nient son existence par chacune de leurs actions ». Par là, l'athée témoigne encore pour Dieu.

2-6 Une révolte métaphysique.

Dans le monde moderne nous sommes, semble-t-il, devant un fait nouveau : l'apparition d'une civilisation qui prétend se constituer sur l'absence de Dieu, sur la néantisation de Dieu.
Le fait est que la révolte métaphysique est à l'ordre du jour, depuis que Nietzsche a proclamé lamentablement la mort de Dieu.
Non seulement l'athéisme moderne propose à l'homme de s'émanciper de la tutelle transcendante, il fait plus, il lui propose un combat contre Dieu : au nom de Nietzsche, de Heidegger, de Sartre ou de Marx. Entre l'homme et Dieu il faut choisir d'après Sartre : si l'homme existe, Dieu n'est pas; si Dieu est, l'homme n'existe pas.
La chose est claire; cependant, dans cet athéisme tragique et pathétique se révèle une profonde détresse : la nostalgie de Dieu perdu et toute nostalgie témoigne en faveur de son objet. L'absence de Dieu dans la pensée contemporaine est en fait une présence refusée mais encore ressentie. « On peut se demander, écrit Daniel-Rops, si ce n'est pas l'athéisme lui-même dans ce qu'il a de plus déterminé, de plus agressif, qui trahit l'obsession de Dieu et en porte témoignage. »

❖ Bibliographie

Quelques livres de librairie pour approfondir le sujet.

Bibliothèque virtuelle
Copyright La taverne de faust [http://faust.chez.com]